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01-06-2006

Questions au Dr Aubrey de Grey

Le Dr Aubrey de Grey travaille dans le département de génétique de l'université de Cambridge en Grande Bretagne. L'objectif de son travail de biogérontologue, la spécialité qui s'intéresse à ce qui se produit dans l'organisme lorsqu'il vieillit, est de faciliter le développement d'un véritable traitement de l'homme vieillissant. Selon lui, le principal obstacle rencontré dans le développement d'une semblable technologie est la position de la biogérontologie, à la limite entre la médecine et la recherche fondamentale : la connaissance fondamentale indispensable au développement d'une médecine antiâge vraiment efficace existe pour l'essentiel. Mais l'état d'un esprit convaincu qu'il est plus approprié de transformer les résultats de ces recherches en outils est très différent de l'esprit de curiosité qui a d'abord généré ces résultats. Scientifique avec une formation dans une discipline d'ingénierie (l'informatique), il se considère comme bien placé pour établir un lien entre ces deux formes de pensée. Il essaye de le faire dans trois directions : la recherche fondamentale en biogérontologie, l'identification et la promotion d'approches techniques spécifiques pour inverser différents aspects du vieillissement. Il suggère l'adoption d'une approche plus dynamique de l'extension de la durée de vie de l'homme plus tôt plutôt que plus tard. Focalisé sur le rajeunissement, il pense que dans 30 ans, il sera possible de rajeunir un individu de 50 ans à un état de jeunesse qui lui permettra de vivre jusqu'à 130 ans. Il pense également qu'une technologie comparable de rajeunissement pour une souris pourrait être découverte avant 10 ans.


Quels sont les principaux facteurs impliqués dans le vieillissement ?

Dr Aubrey de Grey : Le vieillissement est un effet secondaire de nos processus métaboliques vitaux. Des changements progressifs de la composition du corps se produisent au niveau moléculaire et cellulaire. Différents types de dommages sont infligés en permanence à nos cellules et à nos molécules et certains d'entre eux s'accumulent tout au long de notre vie.
Pendant longtemps, ce n'est pas dangereux parce qu'il n'y a pas encore trop de dommages et que le métabolisme peut se dérouler normalement. Mais, finalement, les dommages deviennent trop nombreux et le métabolisme ne fonctionne alors plus aussi bien. À mon avis, seulement sept types de dommages interviennent de cette façon. Ainsi, si nous pouvions réparer tous ces types de dommages, nous pourrions « détacher » le métabolisme de sa perte de fonctionnement. Ces sept types de dommages incluent la perte de cellules, les cellules résistantes à la mort, les mutations nucléaires, les mutations mitochondriales, des molécules indigestes à l'intérieur des cellules, des molécules indigestes entre les cellules et le raidissement de structures élastiques comme les parois artérielles.

Pouvez-vous décrire brièvement ce que vous appelez SENS ou les stratégies pour construire une sénescence négligeable (en anglais « Engineered negligible Senescence ») ?


Dr Aubrey de Grey : SENS est une stratégie d'ingénierie qui se préoccupe d'éviter l'accumulation des dommages que je viens d'énumérer et de reporter indéfiniment le moment où cet entassement deviendrait nocif. SENS est une liste de traitements potentiels pour réparer ces dommages. Pour chaque type de dommage, il existe un type de traitement qui peut être appliqué sur chaque tissu sur lequel se produit le dommage, avec seulement relativement peu de différences d'un tissu à l'autre.
Pour la perte cellulaire, nous utiliserons un traitement de remplacement des cellules (en général, un traitement avec des cellules souches). Pour les cellules résistantes à la mort, nous utiliserons probablement un traitement de gènes suicidaires qui tue les cellules fabricant certaines protéines particulières permettant de les identifier comme indésirables.
Pour les mutations nucléaires, nous utiliserons une combinaison plutôt compliquée de traitement avec des cellules souches et de traitement avec des gènes que j'appelle WILT, pour « Whole-body interdiction of Lengthening of Telomeres » (que l'on peut traduire par verrouillage de l'extension des télomères dans tout l'organisme, et abréger en français par VETO).
Les mutations dans les mitochondries seront rendues inoffensives en introduisant dans le noyau des copies modifiées de ces gènes.
Les molécules indigestes à l'intérieur des cellules ou déchets intracellulaires seront éliminées par un traitement génétique ou enzymatique en introduisant des enzymes provenant de bactéries que l'on trouve dans le sol et chez les mycètes.
Les molécules indigestes entre nos cellules ou déchets extracellulaires nécessitent juste d'être introduites dans les cellules et nous pouvons le faire par une vaccination destinée à stimuler le système immunitaire pour qu'il absorbe ces matériaux.
Enfin, le raidissement des structures élastiques peut être inversé à l'aide de molécules qui vont briser les liaisons entre protéines adjacentes.



Pourquoi parlez-vous de rajeunissement, et non de ralentir le vieillissement ?

 
Dr Aubrey de Grey : Je me concentre sur le rajeunissement parce qu'il est en fait plus facile de rajeunir indéfiniment l'organisme que de prévenir le vieillissement. C'est la même chose qu'avec n'importe quelle autre machine. Ainsi, par exemple, pour conserver une voiture en état de marche pendant 100 ans, il est nécessaire de réparer les dommages au fur et à mesure qu'ils se produisent et non pas seulement de ralentir leur accumulation.
Ralentir le vieillissement demande une compréhension détaillée des causes du vieillissement. Nous sommes loin d'en avoir une telle compréhension parce que le vieillissement est beaucoup trop complexe. Nous pouvons, par contre, comme je l'ai dit, facilement identifier les dommages associés au vieillissement. La réparation des dommages et le rajeunissement ne nécessitent pas de comprendre de quelle façon ces dommages ont été causés. Réparer les dommages cellulaires et moléculaires connus, comme le vieillissement, est quelque chose que nous serons bientôt capables de faire. Ces premières réparations seront incomplètes, mais si nous sommes partiellement rajeunis, nous pourrions vivre suffisamment longtemps pour recevoir une réparation plus complète lorsqu'elle sera disponible.

Faires-vous une différence entre économiser la vie et prolonger la vie ?


Dr Aubrey de Grey : Non, vraiment aucune. Économiser la vie signifie donner à quelqu'un la chance de vivre plus longtemps qu'il n'aurait eu autrement la possibilité de le faire. Cette définition est indépendante de détails tels que s'il avait déjà vécu longtemps.

DE GREY Aubrey (Dr)
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