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01-04-2003

Rencontre avec le Dr Christophe de Jaeger Directeur de l'Institut Européen du Vieillissement


Qu'est ce que l'évaluation de l'âge physiologique ?

Dr Christophe de Jaeger : Il s'agit du premier temps incontournable de toute prise en charge du vieillissement. Vouloir intervenir sur un processus aussi complexe que le vieillissement nécessite une approche globale de nos systèmes physiologiques. La mesure de l'âge physiologique va permettre d'avoir une idée objective du vieillissement d'un individu donné à travers l'évaluation d'un certain nombre de systèmes : vasculaire, cardiaque, cérébral, neurosensoriel, osseux, masse grasse, masse maigre ...
Nos différents systèmes physiologiques commencent à vieillir à partir de 18/20 ans sans que nous ne le ressentions réellement. Ainsi, si l'on considère le système artériel, en vingt ans (de 20 à 40 ans), sa rigidité augmente d'environ 50%. Augmentation de la rigidité ne veut pas dire maladie.

La maladie artérielle survient en fait beaucoup plus tard. Nous pouvons mesurer cette rigidité artérielle et ainsi avoir une idée très précise du stade de vieillissement artériel de la personne examinée. Dépister un vieillissement accéléré peut se traduire par le fait qu'à 50 ans, on ait l'artère de quelqu'un de 60 ou 70 ans. Plus tôt on interviendra, plus on aura de chances de le faire efficacement.

Cela peut se faire à partir de quel âge ?

Dr de Jaeger : On peut interférer avec le processus du vieillissement à partir de n'importe quel âge mais notre capacité d'intervention sera d'autant plus limitée que l'on intervient tard. Dans la première phase de la vie, de 0 à 18/20 ans, c'est la phase de croissance, extraordinairement complexe, pendant laquelle se mettent en place un grand nombre de mécanismes.

Je pense qu'on n'a pas le droit d'intervenir à ce moment-là. Ensuite, de vingt à trente ans, c'est le sommet de la forme. Il serait intéressant d'avoir un premier bilan pendant cette période. Pas pour une prise en charge mais pour savoir où on en est. Connaître l'optimum physio-logique d'un individu nous permettra d'avoir des références pour le reste de sa vie. Il nous arrive de plus en plus souvent d'avoir des jeunes de 25 ans qui viennent, envoyés par leurs parents de 50 ans, juste pour avoir ce bilan de base, ce bilan de référence.

Mais actuellement, vous n'avez pas ces informations ?

Dr de Jaeger : Aujourd'hui, c'est impossible. Nous travaillons toujours par rapport à des moyennes. Mais dès le second bilan d'âge physiologique, nous sortons de cette logique de moyennes parce que nous avons un point de référence et pouvons nous y référer. Pouvoir aujourd'hui proposer aux plus jeunes un check-up d'évaluation physiologique me paraît très intéressant.

Qu'est-ce qui va permettre d'agir sur cette artère ?

Dr de Jaeger : on peut observer une évolution après une prise en charge nutritionnelle et/ou portant sur l'exercice physique ou certaines conduites de vie. Cela peut être également après une supplémentation en vitamines, en hormones ou après tout un ensemble de mesures.

Plus on intègre de paramètres dans cette prise en charge, plus on de chances d'intervenir avec succès. Mais encore faut-il évaluer les gens et les tester bio-logiquement, savoir effectivement s'ils ont une carence en telle vitamine, en tel oligo-élément, en telle hormone et voir, ensuite, comment tout cela inter-réagit. Car là encore, nous sommes tous très inégaux au plan physiologique. Ce qui peut fonctionner à merveille avec une personne est voué à l'échec avec une autre, d'où l'importance d'évaluer l'ensemble des paramètres régulièrement.

Vous pouvez donner des exemples d'intervention ?

Dr de Jaeger : Les grands facteurs de risque vasculaire sont le cholestérol, l'hypertension, le tabagisme. Viennent ensuite le diabète, la surcharge pondérale ou la sédentarité. Ce sont les grands paramètres sur lesquels agissent habituellement les médecins.
On peut considérer le cholestérol (en dehors de toute maladie vasculaire évolutive) comme étant autre chose qu'un facteur de risque vasculaire. Une augmentation du cholestérol plasmatique est avant tout le reflet d'un dysfonctionnement du métabolisme. Les deux axes principaux de ce dysfonctionnement sont les stéroïdes et la thyroïde. Si l'on intervient sur ces deux axes, la plupart du temps, on voit le cholestérol diminuer. Cela veut dire que l'on relance le métabolisme et que l'on corrige certaines choses. Dans ce cas, le cholestérol n'est plus un facteur de risque mais le reflet du fonctionnement de nos systèmes biologiques.
On peut agir sur le cholestérol par des facteurs que je dirais naturels que ce soit la nutrition, l'exercice physique, les compléments nutritionnels ou, éventuellement, en corrigeant certains déficits hormonaux.

Comment le décelez-vous ?

Dr de Jaeger : Nous faisons une prise de sang qui a trois volets. Un premier qui s'intéresse au vieillissement d'un certain nombre d'organes comme le foie, le pancréas, le rein mais aussi le système immunitaire, les protéines, la nutrition…, un volet hormonal pour les systèmes stéroïdien et thyroïdien qui analyse toutes les hormones et un troisième volet consacré à l'analyse du système anti-radicalaire, vitamines, oligo-éléments, enzymes, ...
Les résultats surprennent parfois. D'abord, les gens n'auraient jamais imaginé que l'on pouvait doser autant de choses. Ensuite, ils ne pensaient pas manquer de telle vitamine ou de tel oligo-élément, parce qu'ils en prennent ou qu'ils ont une alimentation qui devrait les leur apporter. Pourtant, les analyses montrent des carences y compris chez des gens de 45 ans.
Nous faisons la synthèse de tous les résultats (biologiques et physiologiques). Nous les examinons avec les personnes et mettons en évidence des correspondances très fortes entre ce que l'on observe dans leur âge physiologique et ce qui est mesuré dans leur sang.

Par exemple ?

Dr de Jaeger : Une concentration plasmatique faible en testostérone et une minéralisation osseuse faible. En observant une faible densité osseuse chez un homme de 50 ans, on découvre un important déficit en testostérone. C'est quelque chose que l'on voit très souvent à 50 ans.
Ce déficit en testostérone explique à la fois la baisse de la densité osseuse et le fait qu'à cet âge, les gens aient moins de masse maigre, plus de masse grasse avec, souvent, un relâchement de leur musculature abdominale. Ils sont en plus déprimés et fatigués. On retrouve alors tous les éléments d'un déficit en androgènes et cela se corrige très bien.
Mémoire et pregnénolone méritent également notre attention. Les gens de 50/55 ans sont nombreux à avoir des problèmes de mémoire et/ou d'attention. Nos tests mettent facilement en évidence ces déficits. Il s'y associent souvent d'importantes carences hormonales stéroïdiennes. Leurs corrections permettent d'obtenir une nette amélioration.
Je crois aujourd'hui qu'on ne peut plus baser toute une prise en charge simplement sur des dosages plasmatiques ou urinaires même s'ils sont importants.
Les résultats des prises de sang doivent être rapprochés de la réalité physio-logique de l'individu. Ainsi, d'authentiques hypothyroïdies peuvent exister avec des hormones thyroïdiennes normales. Les taux plasmatiques sont normaux mais il y a tous les signes d'une hypothyroïdie. Les gens sont mal à l'aise, se sentent ralentis, fatigués, prennent du poids, le cholestérol monte, ils ont froid. Ce dernier point revient régulièrement. Si nous avons, en plus, d'autres éléments physiologiques qui nous orientent vers une hypothyroïdie, nous pouvons nous permettre de commencer une supplémentation avec les précautions d'usage.

Quels vont être ces signes physiologiques ?

Dr de Jaeger : Ils sont multiples. Pour la thyroïde, cela peut être la fréquence cardiaque ou, encore, le volume d'éjection systolique. Cela peut jouer sur les systèmes neuro-sensoriels, sur la mémoire. C'est en fait l'inter-corrélation de tous ces résultats qui permet de cerner l'individu de la façon la plus précise possible.
On ne traite pas un taux de DHEA ou de pregnénolone juste pour le traiter, pas plus qu'un taux de cholestérol. Il faut voir ce qu'il y a derrière. Certains ont plus de trois grammes de cholestérol avec des artères en très bon état. A l'inverse, d'autres, avec seulement deux grammes, peuvent avoir des artères abîmées.
Je suis persuadé que l'on peut changer les capacités fonctionnelles d'un individu, quel que soit l'âge. Des gens de 50 ans vont récupérer des capacités qu'ils croyaient avoir perdues depuis longtemps, en terme de capacités de travail, d'attention, d'énergie générale. Ils ne se posent pas de question sur l'opportunité d'une prise en charge. Ils sont dans la bonne voie et le sentent au quotidien. Ils se lèvent en forme le matin et travaillent bien. Certains me disent, qu'avant, après le repas de midi, c'était fini, ils étaient incapables de travailler de façon productive. Après une prise en charge adaptée, ils sont à nouveau capables de travailler comme ils le faisaient dix ans auparavant

A quoi est du ce changement ?

Dr de Jaeger : A une prise en charge globale. Celle-ci varie d'un individu à l'autre et il n'y a pas de réponse unique. La correction de l'ensemble des carences, progressivement, dans le respect de la physiologie de l'individu, permet d'obtenir des résultats. Mais nous avançons très prudemment parce que chaque individu réagit différemment et en particulier en fonction de ses capacités enzymatiques.

Par rapport au traitement hormonal substitutif (THS) chez la femme de 50 ans, que faut-il faire ou ne pas faire avec l'étude américaine qui est sortie pendant l'été ?

Dr de Jaeger : Les résultats de l'étude américaine WHI ont fait beaucoup parler d'eux. En fait, cette médiatisation en France est curieuse dans la mesure où les hormones utilisées par les femmes américaines sont différentes de celles utilisées en France et qu'enfin, les médecins américains utilisent d'autres protocoles que les Français. La seule conclusion que l'on pouvait scientifiquement tirer des travaux américains est que nous devrions faire la même étude en France avec des protocoles français. Au lieu de cela, l'Association Française de la Ménopause (AFM) et l'Agence du Médicament préconisent une prise minimaliste du THS (doses minimales et durée de 5 ans, éventuellement renouvelable en fonction de la récidive des bouffées de chaleur ou de l'existence de risque osseux). Cette attitude est contraire au bon sens physiologique. Dans le cadre des publications de physiologie, on observe que plus les taux oestrogéniques sont élevés, plus l'artère est souple. A l'opposé, plus les taux d'oestrogènes sont bas, plus le système artériel vieillit et se rigidifie.

On peut donc réellement interférer avec le vieillissement ?

Dr de Jaeger : Oui, nous pouvons vraiment agir sur le vieillissement d'un être humain.
Certains disent que nous n'avons aucun recul. Certes, mais là où nous avons un recul considérable, c'est sur le vieillissement habituel de l'être humain. Nous avons même dix mille ans de recul sur le vieillissement ordinaire de l'être humain, fait de douleurs, de maladies et de handicaps. On sait comment on vieillit et comment on vieillit mal. Nous avons sur ce point des certitudes sur plusieurs milliards d'individus.
Ce qui nous intéresse aujourd'hui, comme cela intéresse les gens qui nous font confiance, c'est de vieillir autrement. Nous savons très bien comment nous risquons de vieillir sans rien faire. Ils est donc urgent d'essayer d'intervenir sur ce vieillissement en devenant acteurs et non en restant passifs.
Philosophiquement, nous nous approchons du fameux pari de Pascal :
Nous savons fort bien comment nous vieillirons et nous avons donc tout à gagner à essayer de vieillir différemment. C'est à nous, médecins, de minimiser les risques sachant que pour ma part, je suis intimement persuadé qu'il n'y en a pas à condition de bien faire les choses.
En d'autres termes, à condition de s'entourer d'un certain nombre de compétences et de précautions.





La Société Française de Médecine du Vieillissement

7, rue de l'Yvette - F 75016 PARIS

Tél. : 01 42 30 59 96 - Fax : 01 42 88 89 55


Cette société savante a été créée pour regrouper les professionnels de santé intéressés par le vieillissement humain et sa prise en charge. 

Les objectifs de la SFMV peuvent se résumer à l'augmentation et à la validation des connaissances dans le domaine de la physiologie du vieillissement et à la formation des professionnels intéressés. Il s'agit pour la SFMV de donner ses lettres de noblesse à la médecine du vieillissement. La Société Française de Médecine du Vieillissement a un comité scientifique présidé par un hospitalo-universitaire. Nous sommes bien avancés sur un diplôme universitaire sur Paris. Il s'agit de créer un vrai diplôme avec un programme, des enseignements différents autour d'une thématique partagée.

Une trentaine de médecins ont déjà souhaité rejoindre les quatre membres fondateurs (les docteurs Christophe de JAEGER, Dominique RUEFF, Nadia FRAOUCENE et Laurent HERVIEUX).

Le lancement officiel de la SFMV se déroulera le 21 juin prochain à l'occasion de la première journée de la longévité, première manifestation publique de l'association.

Nous voulons montrer qu'à côté d'une médecine de soin peut exister une médecine spécifique du vieillissement. Ce que les américains appellent "anti-aging".


La Société Française de Médecine du Vieillissement aura pour rôle de défendre une vision différente de la personne vieillissante en bonne santé et de travailler sur l'optimisation du vieillissement. Je pense qu'à terme, il y aura une spécialité, la médecine du vieillissement, et que certains médecins ne feront que cela.

 

DE JAEGER Christophe (Dr)
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