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Le prunier d'Afrique ou Pygeum africanum, un traitement naturel des troubles de la prostate

01-06-2003

L'extrait de Pygeum africanum est utilisé avec succès depuis de nombreuses années dans le traitement de différents troubles de la prostate et, en particulier, de l'hypertrophie bénigne de la prostate.

Le Pygeum africanum ou prunier d'Afrique est un arbre à feuilles persistantes qui appartient à la famille des rosacées. Il pousse à l'état sauvage dans les zones montagneuses du Kenya, du Cameroun et de Madagascar. De son écorce est extraite une poudre utilisée depuis des siècles en médecine traditionnelle pour traiter les troubles de la prostate. C'est au xviesiècle que des voyageurs européens ont commencé à s'intéresser aux propriétés de cet arbre en découvrant que des tribus d'Afrique du sud utilisaient son écorce pour traiter des troubles de la vessie qu'ils avaient baptisés “la maladie du vieil homme”.
En Europe, l'extrait d'écorce de Pygeum est utilisé, chez l'homme, dans le traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate depuis le milieu des années soixante. De nombreuses études en double aveugle ont souligné son efficacité à réduire les symptômes de cette pathologie.

L'extrait de Pygeum contient, entre autres, des phytostérols et, en particulier, du bêta-sitostérol, qui agissent comme anti-inflammatoires en inhibant la production dans la prostate de leucotriènes, des prostaglandines pro-inflammatoires. Le Pygeum contient également des triterpènes pentacyciliques (acides ursolique et oléanique) qui ont des propriétés anti-oedémateuses ou décongestionnantes ainsi que des esters de l'acide férulique (n-docosanol et tétracosanol) qui réduisent les niveaux de prolactine et bloquent l'accumulation de cholestérol dans la prostate.

Ses mécanismes d'action

Bien que les mécanismes d'action du Pygeum ne soient pas complètement éclaircis, des travaux sur modèles animaux ont montré qu'il module la contractibilité de la vessie.

L'extrait d'écorce de Pygeum ne semble pas, en effet, agir au niveau hormonal1. Des essais sur animaux indiquent qu'il exercerait plutôt une action anti-inflammatoire et inhiberait le développement des tissus responsables de l'hypertrophie de la prostate2. De plus, d'autres travaux de recherche sur animaux montrent que l'extrait d'écorce de Pygeum aide à maintenir la fonction contractile de la vessie en cas d'obstruction partielle, un point positif dans le cas d'hypertrophie bénigne de la prostate puisque cette affection réduit la capacité de la vessie à se contracter et donc à se vider.

Hypertrophie bénigne de la prostate

La plupart des études ont utilisé des doses quotidiennes de 75 à 200 mg en une ou deux doses, obtenant une amélioration significative après deux mois de traitement.

Depuis la fin des années soixante-dix, de nombreux essais cliniques ont porté sur l'extrait de Pygeum. Une synthèse3, publiée en 2002, a examiné 18études contrôlées randomisées réalisées entre 1966 et 2000 incluant un total de 1562 sujets atteints d'hypertrophie bénigne de la prostate. La durée moyenne de ces études était de 64 jours (allant de 30 à 122 jours). Dans l'ensemble, ces études démontrent que le Pygeum soulage nettement plus efficacement qu'un placebo les symptômes de cette affection. Chez les sujets ayant pris l'extrait de Pygeum, les envies d'uriner nocturnes étaient réduites de 19%, le volume urinaire résiduel de 24% tandis que le pic de flux urinaire augmentait de 23%. Les chercheurs en ont conclu qu'une préparation standardisée de Pygeum africanum pouvait constituer une option utile de traitement pour des hommes ayant de faibles symptômes urinaires associés à une hypertrophie bénigne de la prostate.


Une vaste étude4 en double aveugle contrôlée contre placebo a été menée sur 263 sujets. Ils ont reçu 100 mg d'extrait de Pygeum ou un placebo pendant 60 jours. Une nette amélioration de la miction a été observée chez 65% des sujets prenant du Pygeum contre 31% dans le groupe placebo.

Une assez longue revue de la littérature scientifique réalisée en 1995 portant également sur l'utilisation de l'extrait de Pygeum dans le traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate a produit des résultats positifs concernant son efficacité.

Douze études5 en double aveugle contrôlées par placebo dans lesquelles 358 patients ont reçu un extrait de Pygeum et 359 un placebo ont été analysées. Pris dans leur ensemble, les résultats ont montré un bénéfice statistiquement significatif de l'extrait de Pygeum africanum comparativement au placebo. Cependant, en dehors d'une d'entre elles portant sur 126 patients, la plupart des études ne concernaient qu'un petit nombre de sujets.

Les résultats d'un autre essai mené sur 85 sujets pendant deux mois indiquent que les effets bénéfiques du Pygeum perdurent un mois après l'arrêt du traitement6.

Prostatite chronique

Une dose de 100mg par jour d'extrait de Pygeum africanum a été utilisée pour traiter pendant 5 à 7 semaines 47 patients souffrant de prostatite chronique (8 septiques et 39 non septiques) dans le cadre d'une étude ouverte. La rémission des symptômes a été totale chez 89% des patients. Cependant, aucune amélioration n'a été observée chez trois sujets septiques et deux non septiques.

Dans une autre étude7, 200 mg d'un extrait de Pygeum africanum ont été administré quotidiennement pendant 60 jours, seuls ou en association avec des antibiotiques, à 18patients souffrant de perturbations sexuelles dues à une hypertrophie bénigne de la prostate ou à une prostatite chronique. L'extrait de Pygeum a amélioré tous les paramètres urinaires et la fonction sexuelle. Cependant, aucune différence significative n'a été observée avant et après le traitement dans les niveaux hormonaux, la tumescence nocturne du pénis ou la gestion de la rigidité.

Obstruction induisant un dysfonctionnement contractile

La composante obstructive de l'agrandissement de la prostate a souvent pour résultat une obstruction de la vessie. Un extrait de Pygeum a été testé8 sur quatre groupes de lapins blancs pour déterminer sa capacité à protéger la vessie de dysfonctionnement contractile causé par une obstruction de la vessie induite expérimentalement. Dans cette étude, l'extrait de Pygeum a significativement réduit l'effet de l'obstruction de la vessie sur la masse de la vessie et a renversé la réponse contractile secondaire à l'obstruction urétrale. Ces améliorations ont été associées à la capacité du Pygeum à altérer l'expression des myosines isomorphes (les protéines contractiles des fibres musculaires). Une étude similaire a également trouvé qu'un extrait de Pygeum était capable d'inverser un dysfonctionnement de la vessie induit par une obstruction légère et d'améliorer son fonctionnement dans le cas d'une obstruction sévère9.

L'extrait de Pygeum est souvent combiné à des extraits d'autres plantes pour traiter l'hypertrophie bénigne de la prostate et notamment le palmier scie, l'ortie ou les graines de citrouille.

Un effet dose-dépendant

Le Pr Mathé de l'Institut de Cancérologie et d'Immunologie de l'Hôpital Suisse de Paris a publié, en 1995 (Biomed & Pharmacother, 49; 341-343) un article montrant l'effet dose-dépendant d'un traitement par un extrait de Pygeum africanum sur l'hypertrophie bénigne de la prostate.
Des études avaient déjà regardé l'effet de 50 mg, 100mg et 200mg par jour. Il a complété ce panel en réalisant un petit essai clinique de 10 à 20 jours portant sur 18sujets ayant consulté pour un diagnostic d'hypertrophie bénigne de la prostate avec 150 mg quotidiens d'un extrait de Pygeum.
Cet essai a d'abord montré qu'une supplémentation avec 150 mg quotidiens d'extrait de Pygeum entraînait une régression chez tous les sujets ayant une prostate d'un volume supérieur à la normale. Plus le volume initial de la prostate était important, plus la régression était, elle aussi, importante.
Ensuite, en comparant ces résultats avec ceux publiés dans la littérature, le Pr Mathé a montré qu'il y avait une corrélation linéaire entre la dose d'extrait de Pygeum et son effet. Cependant, lorsque l'on soustrait les valeurs de l'incidence du traitement de celles du diagnostic de la maladie, on se rend compte que seules les doses de 150 et 200 mg sont efficaces, y compris sur les manifestations fonctionnelles.


1.Comparison of finasteride, a 5 alpha reductase inhibitor and various commercial plant extracts in in vitro and in vivo 5 alpha reductase inhibition.
Rhodes L et al., prostate 1993; 22(1): 43-51.
2.The effect of Pygeum africanum on fibroblast growth factor (FGF) and transforming growth factor beta (TGF beta 1/LAP) expression in animal model. Szolnoki E t al., Acta Microbiol Immunol Hung 2001; 48(1): 1-9
3.Pygeum africanum for benign prostatic hyperplasia. Wilt T. et al. Cochrane Database Syst rev 2002; (1): CD001044.
4.Efficacy of Pygeum africanum extract in the medical therapy of urination disorders due to benign prostatic hyperplasia: evaluation of objective and subjective parameters.
A placebo-controlled double blind multicentre study. Barlet A. et al. Wien Klin Wochenschr.
1990 Nov 23; 102(22): 667-73.
5.Pygeum africanum extract for the treatment of patients with benign prostatic hyperplasia: a review of 25 years of published experience. Andro MC et al. Curr Ther Res 1995; 56: 796-817.
6.Efficacy and acceptability of Tadenan (Pygeum africanum extract) in the treatment of benign prostatic hyperplasia: a multicentre trial in central Europe. Breza J. et al. Currr Med Res Opin 1998; 14(3): 127-39.
7.Urological and sexual evaluation of treatment of benign prostatic disease using Pygeum africanum at high doses. Carani C. et al., Arch Ital Urol Nefrol Androl 1991 Sept; 63(3): 341-5.
8.Improved contractility of obstructed bladders after Tadenan treatment is associated with reversal of altered myosin isoforms expression. Gomes CM. Et al. J Urol 2000; 163: 2008-2013.
9.Beneficial effect of Tadenan therapy after two weeks of partial obstruction in the rabbit. Levin RM et al. Neurourol Urodyn 1997; 16: 583-599.
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